CLÉMENT BEDEL
INTERVIEW
realisée par Alexsandar Stojanovic, Commissaire d’exposition
(english below)

1.Vous présentez ce Lundi le projet de peinture «Shimmering Through Reality» au Centre Culturel de Belgrade, quel est l’objectif de ces grands formats et que signifie « Shimmering »?

Je considère mes peintures comme des environnements dans lesquels le spectateur doit se sentir immergé, inclus, pour cela l’importance du format de la toile comparée au corps humain est primordiale. Si je n’étais pas restreint par des raisons pratiques évidentes, j’aimerais travailler sur des toiles encore plus larges, j’espère avoir cette chance dans le futur.
Shimmering signifie: briller d’une lumière douce et vacillante.
C’est l’essence même de ce que je tends à accomplir à travers ce projet. La vie et la nature sont, dans ma peinture la personification de cette lumière. Elles scintillent encore doucement, de façon inconstante, livrées à leur réalité propre, dans une bataille romantique, poétique et inévitable contre l’auto-destruction.

2. Les peintures exposées ont elles été realisées à Belgrade ou en France ?

Ce projet a été initié en France mais toutes les peintures présentes à l’exposition ont été réalisées sur place, à Belgrade.

3. Hormis la peinture elle-même ou la philosophie que vous évoquez dans votre texte d’intention, quels sont les autres aspects qui inspirent vos compostions, d’où viennent les idées derrière ces peintures ? Elles apparaissent comme surréelles et hallucinogénes.

L’environnement dans lequel j’ai grandi, une petite ville des Vosges, entourée par des montagnes peuplées de conifères et de lacs naturels mais aussi dans une région traumatisée par la délocalisation de l’industrie du textile et du bois a encore aujourd’hui une influence majeure sur mon travail. Le cinéma a aussi toujours été pour moi une grande source d’inspiration, surtout les films que je considère contemplatifs comme: Sayat Nova- La couleur de la grenade, Stalker, ou encore Knight of cups.
L’ange du foyer
de Max Ernst (1937) a été ma première révélation artistique et, même si je m’en détache ces dernières années, le surréalisme a été une base importante de ma construction en tant qu’artiste.

4. Toutes les figures présentes dans vos peintures ne sont rien de plus que cela, des figures. Pourquoi avez- vous choisi de couvrir leurs visages de façon si élaborée ?

Dans ma peinture, et dans toutes les autres techniques avec lesquelles j’ai précédemment travaillé, les personnages sont toujours restés impersonnels et le plus souvent seuls. Ils n’ont pas d’identité, ce sont juste des représentations de la vie humaine, du concept de perte de repéres face à un monde qui change plus vite que ce que l’on ne peut appréhender, d’une certaine solitude et mélancolie occidentale.

5. Est-ce que le projet «Shimmering Through Reality» continuera son développement ? Travaillez-vous dans d’autres techniques que la peinture ? Quels sont vos plans pour le futur ? Allez-vous rester davantage à Belgrade ?

Ce projet de peinture est en constante évolution et se développe autour d’un noyau d’idées, d’influences, de positions artistiques et politiques.
J’ai commencé la peinture il y a un peu plus de trois ans. Avant cela, je travaillais principalement la vidéo, notamment à travers des performances filmées. J’aimerais réaliser de nouveaux projets dans ces differentes techniques en 2019 afin de pouvoir les inclure à cette série de peintures. Les possibilités sont multiples mais j’ai la conviction que mes prochaines expositions personnelles seront composées d’un mélange de differents médiums.
Je vais participer à la résidence d’artiste PILOTENKUECHE à Leipzig cet été.
Ensuite, ayant pour projet de m’inspirer davantage de l’architecture des Balkans dans mes prochaines peintures, il y a de grandes chances pour que je retourne à Belgrade en Octobre 2019.

6. Pour conclure, comment percevez-vous la scène artistique de Belgrade ? Avez-vous des préférences ? Comment la comparez-vous à la scène francaise ?C’est assez difficile de répondre à cette question en quelques phrases.

Depuis que je suis arrivé il y à trois ans à Belgrade, j’ai l’impression de voir beaucoup de progrès, de diversité et d’évolutions dans la scène locale. Cela étant dit je pense que la scène artistique de Belgrade est encore trop repliée sur elle-même pour être reconnue au-delà des Balkans . Elle aurait sûrement besoin d’être davantage investie par des artistes qui pourraient apporter et partager une vision nouvelle sur l’art et le monde (non pas condescendante, mais différente, afin de créer de l’échange et de nouvelles idées ou perspectives ). Ce qui n’est pas nécessairement simple pour un pays en difficulté économique, sociale, politique et relativement isolé, en dehors de l’Union Européenne. Je crois qu’une partie des difficultés auxquelles la scène artistique locale fait face pourraient être résolues si un des nombreux bâtiments industriels abandonnés de la ville était rénové et disponible à bas prix afin d’y installer des ateliers pour les artistes locaux et internationaux à travers le billet de résidences d’artistes par exemple. Cela permettrait aux artistes de Belgrade de travailler dans des conditions décentes, de partager et évoluer ensemble. Il y a de nombreux exemples de projets similaires en Europe, la Spinnerei de Leipzig est l’un d’eux.


Interview publiée par BeforeAfter.rs




INTERVIEW
realised by Alexsandar Stojanovic, Curator


1. You are presenting a project, Shimmering Through Reality consisting of large format paintings, at the Kulturni Centar Grad exhibition space on Monday. What is the aim behind the large formats andbehind this shimmering?

I consider my paintings as environments that the spectator needs to feel immersed into, which makes the importance of the size of the work compared to the one of the body paramount. If not for some obvious practical reasons I would love to work on even bigger formats, hopefully I will be able to achieve that in the future.

Shimmering means: shinning with a soft, slightly wavering light.
It is the essence of what I am trying to achieve itself. Nature and Life in my paintings are the personification of this light, still shinning softly and inconstantly faced with their own reality, in an inevitable but yet poetic fight against self destruction.

2. Was the project developed in Belgrade or elsewhere?

The project was initiated and partially realised in France but all the paintings present at the exhibition were done in Belgrade.

3. Besides philosophy what other aspects inspire the composition and the ideas behind the environments you create. They appear surreal and hallucinogenic.

The environment I grew up in, a small town surrounded by mountains, natural lakes and endless forests but also traumatised by the offshoring of the textile industry is still to this day the main influence in my work.
An other great source of inspiration for me was always cinema, mostly contemplative moviemakers like Malick, Noé, Tarkovsky...
« L’ange du foyer » from Max Ernst (1937) was my first artistic revelation and surrealism was one of the building stones that guided me as an artist.

4. All the figures in your paintings are just that – figures. Why did you choose to cover their faces in a very elaborate way?

In my paintings and in all the different mediums I previously worked with I always keep my figures impersonal and most of the time alone. They don’t have an identity, they are just a token that repre-sents human life, that the spectator can identify himself with and can look at, thinking, that could be me, that is me, this painting concerns me.

5. Shimmering Through Reality project will continue its development? Are you expanding beyond paintings? What are your future plans? Will you be staying in Belgrade further?

This painting project is in constant evolution and growth around a core of ideas, influences, artistic and political statements. I actually only really started painting 3 years ago, before that I was exclusively doing videos and filmed performances. It is part of my plans to get back to these mediums and include them to the project alongside pain-tings in 2019.
I was selected to attend to the PILOTENKUECHE Art Residency in Leipzig, Germany this Summer, and there are chances that I will come back to Belgrade after that.

6. To conclude, tell me how did you perceive the art scene in Belgrade during your stay? Do you have some favorites? How do you compare it to France?

It is quite hard to answer these questions in a few sentences. Since the first time I arrived, three years ago I actually feel like I am seeing improvement, diversity and an evolution of the local art scene as a whole.
Yet in the healthy eagerness to evolve from a more traditional scene and catch back to the west on a conceptual level I feel like this fight can sometimes be extended wrongly to the mediums, in a belief that painting for example, cannot be used in a contemporary or conceptual way.I think an Art Scene need to be open and a mix of many different influences and cultures to be re- levant and that the Belgrade art scene is too closed on itself to truly ever shine internationally.
I really believe that a lot of the issues with the local art scene would be solved if one of the many huge abandoned industrial building in the city was renovated and rented for a low price to local and international artists, allowing a decent workspace and a place for artists to exchange and grow. There are many examples of that in Europe, one of the most successful being the Spinnerei in Leipzig.


Interview publiished by BeforeAfter.rs